Pour un enfant de la petite enfance, une fête comme l’Halloween est une notion profondément abstraite. Contrairement à l’adulte, l’enfant ne saisit pas d’emblée le concept du temps, des traditions ou de l’imaginaire propre à ces événements. Laisser le matériel de jeu et les décorations à sa disposition après la fête est une démarche pédagogique essentielle pour l’aider à transformer cette réalité abstraite en un apprentissage concret et rempli de sens.

Nous appliquons déjà cette méthode avec brio dans d’autres réalités du quotidien. Pour préparer un enfant à l’entrée à l’école ou à une visite chez le médecin, nous lui offrons des trousses de docteur, des sacs d’école et des albums jeunesse. Nous le faisons pour l’aider à apprivoiser et à décoder cette nouvelle réalité avant de la vivre. Il est tout aussi important de procéder de la même façon avec les grandes fêtes de l’année, mais cette fois-ci, en misant sur l’après. Il tout aussi important de planifier l’après que l’avant et le pendant car cela permet entre autres à l’enfant de :

Donner un sens à ce qui a été vécu : C’est en vivant concrètement la fête, en se déguisant, en observant les décors, en participant à la cueillette, que l’événement prend enfin une forme réelle pour l’enfant car il l’a concrètement vécue avec tous ses sens et émotions.

Rendre le concept concret par le jeu : Une fois la fête passée, l’enfant ressent le besoin de reproduire et de rejouer les scènes de son vécu. Les jours suivants l’enfant peut, en manipulant les citrouilles, les chapeaux et les décorations qui sont encore dans son local, transposer ses expériences vécues dans son jeu symbolique. Par exemple, après l’Halloween, l’enfant peut utiliser les bols et les faux bonbons pour recréer la cueillette de bonbons au coin symbolique avec les autres enfants. Selon le célèbre psychologue Jean Piaget, le jeu de faire semblant marque l’accès de l’enfant à la fonction symbolique. C’est en manipulant des objets concrets (comme un faux bonbon ou un m) qu’il réussit à se détacher du moment présent pour assimiler et donner un sens à des concepts abstraits qui restaient flous.

Intégrer l’expérience à son propre rythme : Grâce au jeu symbolique, l’enfant peut rejouer les scènes vécues à L’Halloween. Celui-ci apprivoise les émotions vécues, comme la peur, et assimile le rôle de chacun (le personnage, le donneur de bonbons). Cela lui permet de clarifier des notions qui restaient floues. Par exemple, un tout-petit effrayé par un chapeau de sorcière le jour J pourra, le lendemain, le manipuler calmement ou le placer sur une peluche pour surmonter sa peur par le jeu. Le psychologue Lev Vygotsky a démontré que le jeu symbolique est le meilleur outil pour développer l’autorégulation chez l’enfant. En rejouant des scènes marquantes à son propre rythme comme celles vécues le soir del’Halloween, le tout-petit apprend à simuler, identifier et maîtriser ses émotions, transformant une source de stress ou de peur en un sentiment de contrôle. Ainsi, laisser les décorations et le matériel de jeu accessibles quelques jours après l’événement respectent ce rythme d’apprentissage. On lui donne ainsi l’occasion de boucler la boucle : transformer une idée abstraite en une expérience vécue, puis en un savoir consolidé par le plaisir du jeu !

En somme, plutôt que de courir après le calendrier et de ranger précipitamment les accessoires dès le lendemain, laissons le temps faire son œuvre. C’est lorsque les lumières de la fête s’éteignent que le véritable travail d’assimilation commence pour l’enfant. En prolongeant l’accès aux décors et aux déguisements, nous transformons un simple événement éphémère en un formidable levier d’apprentissage, ancré dans le plaisir et la continuité.